DIVINITE DU CHRISTIANISME
Divinité du Christianisme
par l'Abbé J. Gaume
« Ou le Christianisme s'est établi par des miracles, ou sans miracles ; lequel voulez-vous ? Choisissez : l'un et l'autre nous est égal.
Si vous dites que le Christianisme s'est établi par des miracles, il est donc divin ; car il est impossible que Dieu fasse des miracles pour autoriser le mensonge.
Si vous dites que le Christianisme s'est établi sans miracles, vous admettez par là le plus grand des miracles, c'est-à-dire la conversion de l'univers par douze pêcheurs désavoués et repoussés de la terre.
Si vous croyez la chose humainement possible, allez-vous en donc au bord de nos rivières, envoyez douze de nos pêcheurs dans les quatre parties du monde, avec mission de convertir l'univers à une religion quelconque : vous verrez s'ils réussiront.
Pour vous bien faire sentir toute la force de ce raisonnement, transportons-nous par la pensée au moment où le Christianisme parut sur la terre, et supposons avec saint Chrysostôme qu'un philosophe païen eût rencontré le Sauveur prêchant sa doctrine dans la Judée, et que le dialogue suivant se soit établi :
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Que prétendez-vous, lui demande le philosophe, en prêchant par les villages une doctrine nouvelle ?
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Convertir le monde, lui répond Jésus.
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Mais faire abandonner à l'univers ses dieux, sa religion, ses mœurs, ses usages, ses lois pour lui faire adopter vos maximes, vous êtes donc plus sage que Socrate, plus éloquent que Platon, qui ne put jamais imposer ses lois à une seule bourgade de l'Attique ?
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Je ne me donne point pour un sage.
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Mais qui êtes-vous donc ?
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On me connaît pour le fils d'un obscur artisan de Nazareth.
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Mais par quels secrets moyens avez-vous donc préparé le succès de votre entreprise ?
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Jusqu'ici j'ai passé ma vie dans la boutique de mon père. Depuis peu, je parcours le pays ; quelques disciples se sont mis à ma suite, et c'est à eux que je confierai le soin d'établir ma doctrine parmi les nations.
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Mais vos disciples sont donc des hommes aussi distingués par la noblesse de leur naissance que par la supériorité de leurs talents ?
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Mes disciples ! Ce sont douze pêcheurs qui ne connaissent que leurs barques et leurs filets, douze Juifs, et vous savez combien les Juifs sont méprisés des autres peuples.
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Mais vous comptez donc sur la protection de quelque puissant monarque ?
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Je n'aurai point de plus mortels ennemis que les rois et les grands du monde ; tous s'armeront pour anéantir ma doctrine.
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Mais vous possédez donc d'immenses richesses, et en faisant briller l'or aux yeux des peuples, je conçois qu'il est facile de se créer des adorateurs ?
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Je n'ai pas de quoi reposer ma tête ; mes disciples, pauvres par leur naissance, le seront encore plus par mes ordres : ils vivront d'aumônes ou du travail de leurs mains.
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Mais enfin, c'est donc sur votre doctrine elle-même que vous fondez l'espérance de vos succès ?
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Ma doctrine ! Elle repose sur des mystères que les hommes prendront pour des folies. Je veux, par exemple, que mes disciples annoncent que je suis Dieu et homme tout ensemble ; que je suis né d'une vierge ; que je suis mort sur une croix entre deux voleurs, car c'est par ce genre de supplice que je dois bientôt terminer ma vie ; que trois jours après je suis ressuscité et enfin monté au Ciel.
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Mais du moins votre morale est bien commode, sans doute qu'elle flatte toutes les passions ?
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Ma morale ! Elle combat toutes les passions, condamne tous les vices, commande les plus austères vertus, et punit jusqu'à la pensée même du mal.
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Mais vous promettez de magnifiques récompenses à ceux qui voudront l'embrasser ?
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Oui ; sur la terre je leur promets le mépris, la haine du genre humain, les prisons, les bûchers, la mort sous toutes les formes ; après leur vie, je leur promets des récompenses que l'esprit de l'homme ne peut comprendre.
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Mais dans quels lieux, à quels hommes prétendez-vous enseigner une si étrange philosophie, sans doute à quelques ignorants, comme ceux que vous appelez vos disciples ?
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Ma religion sera prêchée à Jérusalem devant la Synagogue, à Athènes devant l'Aéropage, à Rome dans le palais même des Césars ; partout, devant les rois et les peuples, dans les villes et dans les campagnes, jusqu'aux extrémités du monde.
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Et vous vous flattez de réussir ?
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Sans doute ; bientôt je serai reconnu partout pour le seul Dieu du ciel et de la terre ; le monde va changer de face ; toutes les idoles vont tomber ; les peuples accourront en foule pour embrasser ma doctrine ; les rois eux-mêmes se prosterneront devant l'instrument de mon supplice, et le placeront à leur couronne comme son plus bel ornement ; j'aurai partout des temples et des autels, des Prêtres et des adorateurs.
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Allez, allez, retournez dans la boutique de votre père ; votre projet est le comble de l'extravagance.
Le philosophe avait raison. Oui, je le soutiens, aux yeux de la raison, entreprendre la conversion du monde avec douze pêcheurs, au siècle d'Auguste, en dépit de toutes les forces humaines, ce projet est le comble de la folie ; l'exécution en surpasse évidemment toutes les forces humaines. Et cependant l'histoire, l'histoire profane est là pour l'attester, ce projet a été exécuté ; il l'a été de la manière et par les moyens que Jésus avait prédits ; il l'a été rapidement, il l'a donc été divinement.
Si le philosophe dont nous parlons revenait aujourd'hui sur la terre, s'il voyait la Religion de Jésus de Nazareth dominant tout l'univers, douterait-il du miracle de son établissement ? Ne s'écrierait-il pas ravi d'admiration ; « Tout cela est au-dessus de l'esprit et des forces humaines ; tout cela est donc l’œuvre de Dieu. »
- Ainsi, il demeure démontré qu'il est mille fois plus difficile d'expliquer la conversion du monde sans miracles qu'avec des miracles ; en d'autres termes, que la conversion du monde par douze pêcheurs, sans miracles, est le plus grand de tous les miracles. »
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