Histoire de l'Eglise, Morale chrétienne, Histoire de France, révoltes et Révolution, petites histoires qui font les grandes... Tout ce que l'on nous en dit mais surtout, tout ce que l'on ne nous dit pas !
Depuis la fondation de l’Église jusqu'à l'édit de Milan
Troisième persécution, sous Trajan, Adrien et Antonin (106 et suivantes) :
Pour diminuer les chances de péril et célébrer en paix les saints mystères, les fidèles de Rome se réunissaient avant le jour dans les catacombes souterraines, situées proche de la ville.
On a cru pendant longtemps que les catacombes étaient d'anciennes carrières abandonnées. M. de Rossi, savant catholique, en 1874, a prouvé que ces souterrains avaient été creusés par les chrétiens eux-mêmes, désireux d'avoir un abri pour eux et pour leur culte. Ils y ensevelissaient les martyrs, et c'est sur leurs tombeaux qu'on célébrait le saint Sacrifice de la messe.
La malignité des païens se plut à confondre leurs cérémonies avec les pratiques des sociétés secrètes, et les accusa de renouveler les orgies des anciennes Bacchanales (ou fêtes de Bacchus, le dieu du vin, furent interdites par le sénat romain, à cause des débauches qui s'y commettaient (187 av. JC).)
Ces bruits, colportés et accrédités par tous ceux qui trouvaient dans le culte des idoles un moyen d'existence, déterminèrent l'empereur Trajan à sévir contre les chrétiens.
Ce prince ne reprochait autre chose aux fidèles qu'une « superstition excessive » ; mais, pour ne pas déplaire à la multitude païenne, acharnée contre eux, il remit en vigueur les décrets sanguinaires de ses prédécesseurs.
A Pline le Jeune, gouverneur de la Bithynie, qui lui écrivait : La conduite des chrétiens est pure et innocente, Trajan répondit : Ne les recherchez pas ; mais si, étant dénoncés, ils se déclarent eux-mêmes chrétiens, punissez-les de mort.
Réponse absurde : si les chrétiens étaient coupables, pourquoi défendre de les rechercher ? S'ils étaient innocents, pourquoi les punir ?
Parmi les martyrs les plus célèbres de cette époque, on distingue saint Siméon, saint Ignace et saint Clément.
Saint Siméon, martyr
Saint Siméon, évêque de Jérusalem, fut un des premiers martyrs de cette persécution. Après avoir enduré toutes sortes de supplices, ce vieillard vénérable eut la gloire de mourir sur une croix, comme Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Saint Ignace, martyr
Saint Ignace, évêque d'Antioche depuis quarante ans, fut conduit à Rome pour être livré aux bêtes de l'amphithéâtre (107). Dans la crainte que les fidèles de Rome ne missent obstacle à l'exécution de la sentence prononcée contre lui, il leur écrivit une lettre admirable, où il leur disait : Je vous en conjure, laissez-moi servir de pâture aux lions et aux ours ; c'est un chemin fort court pour arriver au ciel. Je suis le froment de Dieu, il faut que je sois broyé pour devenir un pain digne d'être offert à Jésus-Christ.
Les chrétiens recueillirent les restes de ses ossements, et les conservèrent comme des reliques précieuses. ( le mot relique vient d'un mot latin qui signifie restes)
Procession amenant les reliques du pape Saint Clément Ier à la basilique Saint-Clément-du-Latran (fresque du XIe siècle).
Saint Clément, pape, fut, d'après certaines traditions, condamné aux mines de la Chersonèse (Crimée), et finalement jeté dans la mer Noire, avec une ancre attachée au cou.
Sainte Symphorose et ses fils, martyrs
Il faut mentionner encore : saint Gétule, tribun militaire, sainte Symphorose, son épouse, et leurs sept enfants, qui remportèrent la palme du martyre à Rome, sous Adrien, successeur de Trajan.
Saint Polycarpe, martyr
Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, dont les païens réclamaient la mort, versa son sang sous le règne d'Antonin, successeur d'Adrien. Conduit devant le proconsul qui lui dit : Maudis le Christ et tu es libre.
Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers, répondit le saint vieillard, et il ne m'a jamais fait de mal ; comment pourrais-je maudire celui qui m'a sauvé ?
On le condamna à périr sur un bûcher, mais la flamme l'environna sans toucher à son corps. Ses bourreaux, furieux autant que surpris, le percèrent d'un coup d'épée, l'an 155 ou 156.
Prochain article : quatrième persécution, sous Marc-Aurèle (166 et suiv.)
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Première persécution, sous Néron (64 et suivantes) :
Néron, cinquième empereur romain et le plus pervers de tous, est l'auteur de la première persécution générale.
Ce prince, qui venait de mettre Rome en feu pour le seul plaisir de la voir brûler, imputa ce crime aux chrétiens « et leur fit souffrir les plus cruelles tortures. Les uns étaient enveloppés de peaux de bêtes sauvages et dévorés par des chiens ; d'autres, le corps enduit de résine et de soufre, étaient attachés à des poteaux, et servaient durant la nuit à éclairer les jeux du cirque. Néron lui-même s'amusait à conduire son char à la lueur de ces flambeaux vivants... On en fit mourir un grand nombre, comme convaincus, non du crime d'incendie, mais d'être odieux au genre humain. » (Tacite, dans ses Annales )
Les deux plus illustres victimes de la première persécution furent saint Pierre et saint Paul.
Ces deux Apôtres étaient alors absents de Rome. Ayant appris ce qui s'y passait, ils revinrent en toute hâte pour soutenir le courage et partager les dangers de leurs frères. Désignés d'avance aux coups du tyran, ils furent arrêtés et enfermés neuf mois dans la prison Mamertine, où ils convertirent deux de leurs gardes et quarante-sept détenus.
Saint Pierre et saint Paul font des prosélytes dans la prison Mamertine. Suivant la tradition, une source miraculeuse jaillit dans le cachot, pour permettre aux Apôtres de baptiser les nouveaux convertis.
Le 29 juin, de l'an 67, on les tira de leur cachot pour être conduits à la mort. En se séparant sur le chemin d'Ostie, Paul dit à Pierre : La paix soit avec vous, chef de l’Église.
Pierre lui répondit : Allez en paix, prédicateur des biens célestes.
Saint Pierre subit une cruelle flagellation, puis il fut crucifié, la tête en bas, sur le mont Janicule. On ensevelit son corps au lieu même où s'élève aujourd'hui la basilique de Saint-Pierre.
Le pontificat de saint Pierre avait duré trente-trois ans et quelques mois, dont huit environ à Jérusalem ou à Antioche et vingt-cinq à Rome.
Saint Paul périt par le glaive, dans un endroit nommé les Eaux-Salviennes, où l'on a bâti depuis l'église de Saint-Paul-hors-les-murs.
Deuxième persécution, sous Domitien (93 et suivantes) :
Les chrétiens, un moment tranquilles sous les règnes de Vespasien et de Titus, furent de nouveau persécutés par Domitien, qui commença par imiter Titus son frère, et finit par faire revivre Néron.
Aussi Tertullien l'appelle-t-il « une portion » de ce monstre.
Parmi les nombreuses victimes de Domitien, il faut citer : le consul Flavius Clemens, son cousin germain ; saint Timothée, disciple de saint Paul ; les Apôtres saint Jean l’Évangéliste et saint André, qui fut attaché sur une croix en forme de X, appelée depuis croix de saint-André.
Prochain article : Troisième persécution, sous Trajan, Adrien et Antonin (106 et suivantes)
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Causes de l'hostilité des empereurs :
La religion chrétienne avait déjà beaucoup souffert de la part des Juifs déicides ; mais ses plus grands obstacles lui furent suscités par les païens.
Les Romains, dans les premiers siècles de notre ère, tenaient à honneur de protéger avec le même zèle le culte des dieux de la patrie, et celui des dieux des peuples vaincus et annexés à l'empire.
Cependant, il n'y eut point de place dans leur Panthéon pour Jésus-Christ :
parce que sa religion, au lieu de prescrire seulement des rites et des purifications, imposait des dogmes et une morale qui condamnaient les usages barbares, les erreurs monstrueuses et les vices de toutes sortes du monde païen ;
parce que ses disciples refusaient des sacrifices aux idoles et aux empereurs divinisés, et de prendre part au culte idolâtrique en illuminant leurs demeures les jours de fêtes solennelles. Cela suffisait pour faire accuser les chrétiens d'être les ennemis avérés des dieux, des souverains et de l'empire, en un mot le fléau du genre humain.
De là, des persécutions presque continuelles, durant trois siècles. Elles échouèrent malgré le pouvoir des empereurs, parce que la religion chrétienne domine toutes les forces et toutes les puissances qui s'élèvent contre elle.
Le signal en était donné, tantôt par des écrits impériaux, tantôt par les officiers qui gouvernaient les provinces.
On en compte dix principales : elles eurent lieu sous les empereurs Néron, Domitien, Trajan, Marc-Aurèle, Septime-Sévère, Maximin, Dèce, Valérien, Aurélien, Dioclétien.
Prochain article : Première persécution , sous Néron (64 et suivantes) et deuxième persécution sous Domitien (93 et suiv.)
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Ruine de Jérusalem :
Dans ces terribles châtiments qui font sentir sa puissance à des nations entières, Dieu frappe souvent le juste avec le coupable ; car il n'y a de meilleurs moyens de les séparer, que ceux qui paraissent à nos sens. Les mêmes coups qui brisent la paille séparent le bon grain : l'or s'épure dans le même feu où la paille est consumée, et, sous les mêmes châtiments par lesquels les méchants sont exterminés, les fidèles se purifient.
Mais dans la désolation de Jérusalem, afin que l'image du jugement dernier fût plus expresse, et la vengeance divine plus marquée sur les incrédules, il ne voulut pas que les Juifs qui avaient reçu l’Évangile fussent confondus avec les autres ; et Jésus-Christ donna à ses disciples des signes certains auxquels ils pussent connaître quand il serait temps de sortir de cette ville réprouvée. Il se fonda, selon sa coutume, sur les anciennes prophéties, dont il était l'interprète aussi bien que la fin ; et, repassant sur l'endroit où la dernière ruine de Jérusalem fut montrée si clairement à Daniel, il dit ces paroles : « Quand vous verrez l'abomination de la désolation que Daniel a prophétisée – que celui qui lit entende – quand vous la verrez établie dans le lieu saint », ou, comme il est porté dans Saint Marc, « dans le lieu où elle ne doit pas être, alors que ceux qui sont dans la Judée s'enfuient dans les montagnes. »
Saint Luc raconte la même chose en d'autres termes : « Quand vous verrez les armées entourer Jérusalem, sachez que la désolation est proche : alors que ceux qui sont dans la Judée se retirent dans les montagnes. »
Les chrétiens obéirent à la parole de leur Maître. Quoiqu'il y en eût des milliers dans Jérusalem et dans la Judée, nous ne lisons ni dans Josèphe, ni dans les autres histoires, qu'il s'en soit trouvé aucun dans la ville quand elle fut prise. Au contraire, il est constant par l'histoire ecclésiastique, et par tous les monuments de nos ancêtres, qu'ils se retirèrent à la petite ville de Pella dans un pays de montagnes auprès du désert, aux confins de la Judée et de l'Arabie.
On peut connaître par là combien précisément ils avaient été avertis ; et il 'y a rien de plus remarquable que cette séparation des Juifs incrédules d'avec les Juifs convertis au christianisme ; les uns étant demeurés dans Jérusalem pour y subir la peine de leur infidélité, et les autres s'étant retirés, comme Loth sorti de Sodome, dans une petite ville, où ils considéraient avec tremblement les effets de la vengeance divine, dont Dieu avait bien voulu les mettre à couvert.
(Bossuet, Discours sur l'Histoire Universelle)
Prochain article : Persécution dans l'empire romain
Marie-Antoinette, dernière Reine de France et martyre de la Révolution
Bouquets cueillis dans
« La Révolution »
de Mgr de Ségur, 1861
CAR LA RÉVOLUTION EST FILLE DE L' INCRÉDULITÉ
Pour juger la Révolution, il suffit de savoir si l'on croit ou non en Jésus-Christ. Si le Christ est DIEU fait homme, si le Pape est son Vicaire, si l'Église est son envoyée, il est évident que les sociétés comme les individus doivent obéir aux directions de l'Église et du Pape, lesquelles sont les directions de DIEU même.
La Révolution, qui pose en principe l'indépendance absolue des sociétés vis-à-vis de l'Église, la séparation de l'Église et de l'État, se déclare par cela seul « incrédule au Fils de DIEU, et est jugée d'avance », selon la parole de l'Évangile.
La question révolutionnaire est donc en définitive une question de foi. Quiconque croit en Jésus-Christ et en la mission de son Église, ne peut être révolutionnaire s'il est logique ; et tout incrédule, tout protestant, s'il est logique, doit adopter le principe apostat de la Révolution, et, sous sa bannière, combattre l'Église. L'Église catholique, en effet, si elle n'est divine, usurpe tyranniquement les droits de l'homme.
JÉSUS-CHRIST est-il DIEU ? toute puissance lui appartient-elle au ciel et sur la terre ? les Pasteurs de l'Église, et le Souverain-Pontife à leur tête, ont-ils ou n'ont-ils pas, de droit divin, par l'ordre même du Christ, la mission d'enseigner à toutes les nations et à tous les hommes ce qu'il faut faire et ce qu'il faut éviter pour accomplir la volonté de DIEU ? y a-t-il un seul homme, prince ou sujet, y a-t-il une seule société, qui ait le droit de repousser cet enseignement infaillible, de se soustraire à cette haute direction religieuse ? Tout est là ! C'est une question de foi, de catholicisme.
L'État doit obéir au DIEU vivant, aussi bien que l'individu et la famille ; pour l'État comme pour l'individu, il y va de la vie.
Louis XVI, dernier Roi de France, martyr de la Révolution
Bouquets cueillis dans
"La Révolution"
de Mgr de Ségur, 1861
La Révolution n'est pas une question purement politique ; c'est aussi une question religieuse, et c'est uniquement à ce point de vue que j'en parle ici. La Révolution n'est pas seulement une question religieuse, mais elle est la grande question religieuse de notre siècle. Pour s'en convaincre, il suffit de réfléchir et de préciser.
Il y a trois degrés dans la Révolution :
La destruction de l’Église, comme autorité et société religieuse, protectrice des autres autorités et des autres sociétés ; à ce premier degré, qui nous intéresse directement, la Révolution est la négation de l’Église érigée en principe et formulée en droit ; la séparation de l’Église et de l’État dans le but de découvrir l’État et de lui enlever son appui fondamental ;
La destruction des trônes et de l'autorité politique légitime, conséquence inévitable de la destruction de l'autorité catholique. Cette destruction est le dernier mot du principe révolutionnaire de la démocratie moderne et de ce qu'on appelle aujourd'hui la souveraineté du peuple ;
La destruction de la société, c'est-à-dire de l'organisation qu'elle a reçue de Dieu, en d'autres termes, la destruction des droits de la famille et de la propriété, au profit d'une abstraction que les docteurs révolutionnaires appellent l’État. C'est le socialisme, dernier mot de la Révolution parfaite, dernière révolte, destruction du dernier droit. A ce degré, la Révolution est, ou plutôt serait, la destruction totale de l'ordre divin sur la terre, le règne parfait de Satan dans le monde.
La Révolution s'est montrée dès son origine l'ennemie acharnée du christianisme ; elle a frappé l’Église avec une fureur qui rappelait les persécutions du paganisme ; elle a tué les Évêques, massacré les prêtres, les catholiques ; elle a fermé ou détruit les églises , dispersé les ordres religieux, traîné dans la boue les croix et les reliques des saints ; sa rage s'est étendue dans l'Europe entière ; elle a brisé toutes les traditions, et un moment elle a cru détruire le christianisme qu'elle appelait avec mépris une vieille et fanatique superstition.
Sur toutes ces ruines, elle a inauguré un régime nouveau de lois athées, de sociétés sans religion, de peuples et de rois absolument indépendants ; depuis soixante ans, elle grandit et s'étend dans le monde entier, détruisant partout l'influence sociale de l’Église, pervertissant les intelligences, calomniant le clergé et sapant par la base tout l'édifice de la foi.
Au point de vue religieux, on peut la définir : la négation légale du règne de Jésus-Christ sur la terre, la destruction sociale de l’Église.
Élisabeth, fille du roi de Hongrie, vint au monde en 1207. Ayant été promise, dès l'enfance, au fils du duc de Thuringe, elle fut élevée à la cour de ce dernier avec la princesse Agnès, sœur du jeune Louis. Dieu prévint cette enfant de ses plus abondantes bénédictions ; sa piété tint du prodige tout d'abord. La présence de Dieu faisait sur son âme une impression profonde ; ses plus douces heures étaient les heures de la prière, et les amusements ordinaires de l'enfance lui semblaient insipides : elle sentait la grandeur de Dieu ; elle paraissait prendre à cœur de lutter d'innocence et d'amour avec son bon ange. Sophie, mère d'Agnès, conduisait à l'église ses deux petites filles parées comme des reines, avec une couronne de diamants sur la tête ; Élisabeth ôtait sa couronne, n'osant la porter devant Jésus, couronné d'épines. Loin d'admirer et d'imiter de tels sentiments, la duchesse et sa fille conçurent du mépris pour cette princesse sans dignité, et ne craignirent pas même de la persécuter dans sa dévotion : Élisabeth en mûrit plus belle et plus pure aux yeux de l'époux céleste, à qui rien ne put jamais l'empêcher de donner son cœur.
Louis IV de Thuringe, bienheureux
Le jeune duc Louis ne pensa point comme sa mère et sa sœur ; il aima sa fiancée d'un amour d'autant plus tendre qu'il la vit plus pieuse et plus remplie de vertus. Ce jeune prince, au cœur noble et pur, était vraiment digne d'une telle épouse ; leur mariage fut une de ces unions embaumées d'innocence, qui feraient croire des esprits célestes descendus sur la terre pour l'édifier. Le cœur de ces époux ne fut point divisé : ils s'aimaient de l'amour dont ils aimaient Dieu.
Élisabeth choisit pour son directeur maître Conrad, prêtre éclairé, zélé et vertueux, et, du consentement de son mari, elle se mit entièrement sous sa conduite. Sous un tel guide, elle monta les degrés des vertus avec courage et rapidité. Une vie humble, austère et laborieuse devint l'objet de tous ses soins. Le travail, la prière, les œuvres de charité, partagèrent toutes ses journées. Le dimanche était entièrement donné à la piété ; les autres jours, la pieuse duchesse travaillait pour les pauvres. Sa nourriture fut toujours d'aliments simples et même grossiers, son vêtement sans nulle recherche, et, sous ce vêtement, elle portait un cilice. Son aversion pour les parures était incroyable : elle préférait vêtir les membres nus et indigents du Sauveur. Louis, son époux, fut père de son peuple ; elle en fut la mère. Au retour d'un voyage en Italie, à la suite de l'empereur, des ministres se plaignirent à ce prince que la duchesse le ruinait en dépenses de charité malentendues.
« A-t-elle aliéné les biens de la couronne ? »
« Non »
« Eh bien ! Ses aumônes nous attireront les bénédictions du Ciel. »
Heureux les peuples sous de tels princes ! Heureux les princes qui pensent ainsi !
La charité d'Elisabeth n'avait pas de bornes : toute misère attendrissait son cœur, et son cœur attendri voulait soulager toutes les misères. Pour épargner aux pauvres, surtout aux infirmes, la peine de gravir l'escarpe du château de Marbourg, elle fit élever un vaste hôpital au bas des murs, où elle descendait plusieurs fois le jour, à pied, pour veiller à tous leurs besoins. Elle ne dédaignait pas, de ses mains royales, d'apprêter leurs aliments, de retourner leur couche, de panser leurs plaies et leurs ulcères les plus dégoûtants. Aussi Dieu vint-il plus d'une fois en aide à sa douce servante par des miracles. Un jour, elle devait assister à une brillante réception des ambassadeurs de son père ; mais ses habits de princesse avaient passé dans les mains des pauvres ; le Ciel y suppléa : Elisabeth parut si splendidement vêtue, que le duc Louis, tout étonné, lui demanda où donc elle avait acquis une si magnifique parure.
Cependant une telle vertu allait subir la plus rude des épreuves : il lui fallait passer par la croix pour arriver à la splendeur de la gloire céleste. Louis, à la voix de l’Église, s'était engagé dans la croisade de Frédéric Barberousse, et il venait de périr à Otrante.
Ce coup de foudre tira des yeux et du cœur d’Élisabeth une mer de larmes, mais elle demeura inébranlable dans sa confiance en Dieu. Détachée de son amour sur la terre, elle s'y vit encore dépouillée de tout le reste. Henri, ayant pris en main le gouvernement, chassa la veuve de son frère, comme dissipatrice des biens de l'Etat, et la duchesse se trouva réduite à la plus affreuse misère, avec son fils Herman, héritier de la couronne, et ses deux filles Sophie et Gertrude. La fille des rois, la duchesse hier puissante, la mère des pauvres, se vit réduite à se chercher un asile dans une étable ! Ce fut alors le triomphe parfait de la grâce. Élisabeth fit chanter à l'église des Cordeliers un Te Deum, et elle fit, avec ses deux suivantes Gute et Isentrude, demeurées fidèles à leur sainte maîtresse, un vœu de perpétuelle chasteté. Admirable exemple de patience chrétienne ! Une telle situation n'altéra ni sa douceur, ni sa paix, ni même la joie intérieure de son âme : jamais un seul mot de plainte n'échappa de sa bouche ; seulement elle inondait de ses larmes et de ses caresses ses petits enfants.
Sainte Elisabeth de Hongrie en habit franciscain
Cette cruelle injustice ne put durer toujours ; l'évêque de Bamberg, son oncle, lui fit restituer sa dot, et même la réconcilia avec son beau-frère. Le jeune Herman recouvra sa couronne ; mais Élisabeth ne voulut plus goûter des grandeurs d'ici-bas. Elle se bâtit une maisonnette de terre et de planches, où elle vécut de la vie des anachorètes ; vêtue d'une laine de vil prix, elle se nourrissait de gros pain, d'herbes et de légumes sans assaisonnement ; donnant aux pauvres tous ses revenus, elle gagnait elle-même sa vie à filer. Morte complètement au monde, elle vivait uniquement de l'amour de son Dieu, qui lui versa, en retour, les consolations et les extases. Elle s'affilia au tiers-ordre de Saint-François, et elle imita son modèle à la perfection.
Le Ciel voulut, de bonne heure, récompenser une vertu si éclatante, et couronner une humilité si sublime. Jésus, lui apparut, et l'invita au séjour des bienheureux. Avertie de sa mort, elle s'y prépara par un redoublement de ferveur, et, quoique légèrement malade en apparence, elle voulut recevoir les derniers sacrements. Trois jours avant sa mort, elle ne voulut plus s'entretenir qu'avec Dieu seul, qui l'attira vers lui, le 19 novembre 1231, à l'âge de 24 ans.
Son corps fut enterré dans une chapelle, près de l'hôpital qu'elle avait fondé. Des miracles éclatants eurent lieu à son tombeau, et le pape Grégoire IX la canonisa en 1235 ; ses restes furent levés de terre et placés sur l'autel dans une belle châsse. En 1539, le landgrave Philippe de Hesse, un des plus fougueux partisans du luthéranisme, fit extraire de cette châsse les ossements de la sainte, et les enterrer dans un endroit de l'église qu'on ne connaît plus.
Heureusement toutes les reliques de la sainte ne restèrent pas à la Marbourg : son crâne avait été envoyé en France, à la Roche-Guyon, d'où il a été porté à Besançon, par le cardinal de Rohan, vers 1830. Des os de ses bras avaient été donnés à la Hongrie. Depuis 1851, des ossements de ces mêmes bras ont été déposés dans la chapelle du château de Sayn.
A Rome, l'église des Saints-Apôtres possède une de ses reliques. A Breslaw, on conserve son bâton de bois noir ; à Erfurt, son verre ; à Andechs, une de ses robes ; son voile à Tongres et sa bague d'alliance à Braunfels, ainsi que son livre d'heures, sa table et sa chaise de paille.
Réflexion : La vertu brille dans la prospérité ; mais c'est l'adversité surtout qui lui donne tout son éclat : ayons Dieu avec nous, et nous ne redouterons pas les épreuves.
Qu'elle est agréable à la sainte Vierge la salutation angélique !
Il lui semble, en l'entendant, éprouver de nouveau la joie qu'elle ressentit, lorsque l'ange Gabriel lui annonça qu'elle allait devenir la Mère de Dieu.
Soyons heureux de lui donner cette joie en récitant fréquemment l'Ave Maria.
C'est le conseil de Thomas a Kempis : « Adressez souvent à Marie la salutation angélique, nous dit-il, car elle prend le plus grand plaisir à l'entendre. »
Elle-même a révélé à sainte Mechtilde qu'entre toutes les salutations, la plus chère à son cœur est l'Ave Maria.
Qui salue Marie sera salué par elle. Saint Bernard entendit un jour d'une manière sensible une statue de Marie lui dire : « Je te salue, Bernard. » Or le salut de la sainte Vierge, c'est une grâce qu'elle ne manque pas d'accorder pour répondre à qui la salue.
« De bon cœur nous salue-t-elle, dit saint Bonaventure, si de bon cœur nous la saluons par l'Ave Maria. »
« Si quelqu'un, ajoute Richard de Saint-Laurent, se présente à la sainte Vierge, en lui disant Ave Maria, ne croyez pas qu'elle puisse lui refuser la grâce. »
Elle-même a promis à sainte Gertrude de lui donner à la mort autant de secours qu'elle aurait récité d'Ave Maria.
Le bienheureux Alain de la Roche assure qu'à la récitation de l'Ave Maria, tandis que le ciel tout entier tressaille de joie, l'enfer tremble et les démons prennent la fuite.
Thomas a Kempis l'atteste aussi, et cela sur sa propre expérience, car le démon lui étant un jour apparu, il le mit aussitôt en fuite par l'Ave Maria.
Voici la pratique de la dévotion à l'Ave Maria :
Réciter chaque matin en se levant et chaque soir avant de se coucher trois Ave Maria, la face contre terre ou du moins à genoux, en ajoutant à chaque Ave Maria cette courte prière :
Par votre sainte et immaculée Conception, ô Marie, purifiez mon corps et sanctifiez mon âme.
Ensuite, demander à Marie sa bénédiction comme à notre Mère, ainsi que le faisait toujours saint Stanislas Kostka.
Enfin, nous placer sous sa protection en la priant de nous préserver de tout péché durant ce jour, ou durant cette nuit. Il serait bon d'avoir à cette fin près de son lit une belle image de la sainte Vierge.
Réciter l'Angélus, avec les trois Ave Maria, le matin et le soir. Le premier Pape, qui attacha des indulgences à cette pratique, fut Jean XXII, voici à quelle occasion, nous dit le Père Crasset :
« La veille de la fête de l'Annonciation, un criminel, condamné au supplice du feu, avait invoqué la sainte Vierge. Or, il demeura sain et sauf au milieu des flammes, sans même que ses vêtements en fussent endommagés. »
En 1724, Benoît XIII accorda cent jours d'indulgences à ceux qui récitent l'Angélus, et chaque mois une indulgence plénière, moyennant la confession et la communion.
D'autres indulgences, au témoignage du Père Crasset, ont été accordées par Clément X à ceux qui, après chaque Ave Maria, disent Deo gratias et Mariae.
Autrefois, dès que les cloches sonnaient l'Angelus, tout le monde se mettait à genoux pour le réciter. Aujourd'hui, il en est qui rougissent de le faire.
Mais saint Charles Borromée ne rougissait pas de descendre de voiture ou de cheval, et de s'agenouiller, même dans la boue, pour dire l'Angelus.
On raconte d'un religieux qui négligeait par paresse de se mettre à genoux au signal de l'Angelus, qu'il vit un jour le clocher s'incliner trois fois, tandis qu'une voix lui disait : « Ne feras-tu pas ce que font les créatures inanimées ? »
Remarquons ici que, d'après la décision de Benoît XIV, durant le temps pascal, au lieu de l'Angelus, on récite le Regina caeli, et que l'Angelus se récite debout le samedi soir et toute la journée du dimanche.
Réciter l'Ave Maria chaque fois qu'on entend sonner l'heure.
Le bienheureux Alphonse Rodriguez avait l'habitude de saluer ainsi la sainte Vierge ; et pour qu'il n'y manquât pas la nuit les anges le réveillaient lorsque l'horloge sonnait les heures.
Réciter l'Ave Maria, en sortant de sa maison et en y revenant, afin que la divine Mère nous garde du péché. A cette occasion, baiser chaque fois les pieds de la Madone, comme le fond les Pères Chartreux.
Réciter l'Ave Maria, chaque fois qu'on rencontre une image de la sainte Vierge. Et, si on le peut, placer à l'extérieur de sa maison une belle statue de Marie, afin qu'elle soit saluée par les personnes qui passent. Dans les rues de Naples et surtout de Rome, on voit de belles images ou statues de Marie, exposées ainsi par la piété des fidèles.
La sainte Église ordonne qu'au commencement de toutes les heures de l'office divin, on récite la salutation angélique, et que par elle on le termine.
De même, il serait bon de ne commencer et de finir aucune action, sans réciter un Ave Maria. Je dis aucune action ; soit religieuse, comme l'oraison, la confession, la communion, la lecture spirituelle, l'assistance au sermon, et autres semblables ; soit profane, comme l'étude, les conversations, le travail, le repas, le coucher.
Heureuses les actions ainsi encadrées entre deux Ave Maria !
Également, le matin en s'éveillant, le soir en s'endormant, à chaque tentation, à chaque danger, au moindre mouvement de colère, et en toute circonstance semblable, dire toujours un Ave Maria.
Mon cher lecteur, faites cela, et vous verrez quel immense avantage vous en retirerez. Remarquez que pour chaque Ave Maria, il y a une indulgence de trente jours.
Le P. Auriemma rapporte que la divine Mère promit à sainte Mechtilde la grâce d'une bonne mort, si elle récitait chaque jour trois Ave Maria pour honorer sa puissance, sa sagesse et sa bonté.
Enfin Marie a révélé à la bienheureuse Jeanne de France que l'Ave Maria lui est singulièrement agréable, surtout lorsqu'on le récite dix fois pour honorer chacune de ses dix vertus, comme on peut le voir dans le livre de Maracci, lequel énumère un grand nombre d'indulgences attachées à la récitation de ces dix Ave Maria.
Depuis la fondation de l’Église jusqu'à l'édit de Milan
PUNITION DES JUIFS
Ruine de Jérusalem. Dispersion des Juifs :
L'heure allait sonner où devaient fondre sur les Juifs endurcis les châtiments dont Jésus-Christ les avait menacés. (St Matth., XXIII, 37, 1, 2)
Poussés à bout par les exactions des gouverneurs que Rome leur imposait depuis plus de quatre-vingts ans, les Juifs se révoltèrent, et cette révolte consomma leur ruine. Vespasien, alors général romain, envahit la Judée, et son fils Titus vint mettre le siège devant Jérusalem, au printemps de l'an 69.
Comme la fête de Pâques approchait, il y avait une grande multitude de personnes dans la ville, et bientôt la famine s'y fit sentir. Elle devint horrible. La ville fut prise et le temple incendié (l'an 70), malgré les efforts des soldats romains pour l'arracher aux flammes. Onze cent mille personnes périrent pendant le siège ; suivant l'historien Tacite, cinq cent mille hommes avaient trouvé la mort dans les combats.
La Judée captive se révolta de nouveau ; mais l'empereur Adrien étouffa dans le sang les dernières insurrections (vers 135). Alors ce qui restait de l'ancien peuple d'Israël fut dispersé dans toute l'étendue de l'empire, ou vendu sur les marchés de Jaffa et d'Alexandrie.
Répandus, çà et là, dans tout l'univers, les Juifs n'ont jamais pu se confondre avec les autres nations, et, quelles que soient leurs vertus individuelles, ils restent comme marqués du crime que leurs ancêtres commirent en crucifiant le Fils de Dieu : c'est l'accomplissement du vœu impie qu'ils formaient contre eux-mêmes et contre leur postérité, en répondant à Pilate qui voulait sauver Jésus : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! »
« Une des dispositions morales qu'il convient d'apporter à la recherche de la vérité, si on veut réellement l'atteindre, disposition dont le nom seul suscite les plus vives répugnances, quand ce n'est pas la révolte, s'appelle l'esprit de dépendance.
Dépendance, oui. D'abord, dépendance vis-à-vis du dehors. La vérité nous vient du dehors et elle s'impose à nous ; Bossuet analyse admirablement ce processus : la vérité existe en dehors de nous ; notre nature est faite de telle sorte qu'elle peut en recevoir l'impression et s'y conformer ; elle peut l'entendre et l'accepter.
Prétendre que la vérité sort de notre fond, que nous pouvons la créer, c'est l'erreur par excellence de l'époque moderne.
Mais aussi dépendance à l'égard d'une autorité. Cette autorité ne peut dériver que de celle de Jésus-Christ. Elle réside dans l’Église fondée par lui et conservatrice de sa doctrine. Si l’Église a reçu le dépôt de la doctrine, elle a autorité pour nous le transmettre, pour nous l'expliquer, pour nous en indiquer les applications, au cours des âges et des événements.
Telle est, en effet, la doctrine catholique ; en dehors de ce principe, il n'y a que l'autonomie absolue de la conscience et le sens individuel, auxquels se réfèrent les protestants et les libre penseurs.
Gardons-nous, nous catholiques, de céder en fait à cette tendance, contre laquelle nous protestons en théorie.
Au sens individuel, l’Église oppose le sens catholique. Ce sens réside bien dans notre conscience, mais il n'a rien de commun avec l'expérience intime, avec l'intuition du cœur, que prônaient naguère les modernistes. C'est un instinct de notre conscience et de notre raison, instruites et bien formées, qui nous incline de prime abord à penser comme la masse des fidèles, à sentir comme l’Église et avec l’Église, à reconnaître du premier coup pour la vraie lumière le flambeau qu'elle présente à nos yeux. En dernière analyse, c'est la rectitude spontanée du jugement catholique.
L’objet du sens catholique est double : la foi et la discipline.
S'agit-il de la foi ? Il sait ce que nous devons croire ; là même où ne sont point encore intervenues les définitions de l’Église, il voit sans hésitation ce qu'il est prudent de croire ; il devine les solutions auxquelles s'arrêtera l'autorité dogmatique ; ce qu'il est permis de croire, il l'accueille avec faveur, mais sans prétendre l'imposer.
S'agit-il de discipline ? Même quand l’Église ne commande pas, il suffit que de l'autorité viennent des exhortations, des conseils, des directions, le sens catholique penche sans peine du côté de l'obéissance et il est dans la vérité. On l'a dit très justement, quand la citadelle n'a plus son mur et son avant-mur, elle est bien menacée. Qui déclare qu'il n'obéira qu'à un commandement formel n'est pas loin de désobéir.
Cette dépendance ne doit pas être acceptée de mauvaise grâce, ni accompagnée de protestations manifestées ou secrètes. Dans l'âme d'un véritable enfant de l’Église, elle revêt la forme de la piété filiale.
Aimez vraiment le Pape ; vous lui obéirez sans peine et sans réserve. »