L'esprit de dépendance

Publié le 19 Novembre 2025

L'esprit de dépendance

 

« Une des dispositions morales qu'il convient d'apporter à la recherche de la vérité, si on veut réellement l'atteindre, disposition dont le nom seul suscite les plus vives répugnances, quand ce n'est pas la révolte, s'appelle l'esprit de dépendance.

Dépendance, oui. D'abord, dépendance vis-à-vis du dehors. La vérité nous vient du dehors et elle s'impose à nous ; Bossuet analyse admirablement ce processus : la vérité existe en dehors de nous ; notre nature est faite de telle sorte qu'elle peut en recevoir l'impression et s'y conformer ; elle peut l'entendre et l'accepter.

Prétendre que la vérité sort de notre fond, que nous pouvons la créer, c'est l'erreur par excellence de l'époque moderne.

 

Mais aussi dépendance à l'égard d'une autorité. Cette autorité ne peut dériver que de celle de Jésus-Christ. Elle réside dans l’Église fondée par lui et conservatrice de sa doctrine. Si l’Église a reçu le dépôt de la doctrine, elle a autorité pour nous le transmettre, pour nous l'expliquer, pour nous en indiquer les applications, au cours des âges et des événements.

Telle est, en effet, la doctrine catholique ; en dehors de ce principe, il n'y a que l'autonomie absolue de la conscience et le sens individuel, auxquels se réfèrent les protestants et les libre penseurs.

Gardons-nous, nous catholiques, de céder en fait à cette tendance, contre laquelle nous protestons en théorie.

 

Au sens individuel, l’Église oppose le sens catholique. Ce sens réside bien dans notre conscience, mais il n'a rien de commun avec l'expérience intime, avec l'intuition du cœur, que prônaient naguère les modernistes. C'est un instinct de notre conscience et de notre raison, instruites et bien formées, qui nous incline de prime abord à penser comme la masse des fidèles, à sentir comme l’Église et avec l’Église, à reconnaître du premier coup pour la vraie lumière le flambeau qu'elle présente à nos yeux. En dernière analyse, c'est la rectitude spontanée du jugement catholique.

 

L’objet du sens catholique est double : la foi et la discipline.

 

S'agit-il de la foi ? Il sait ce que nous devons croire ; là même où ne sont point encore intervenues les définitions de l’Église, il voit sans hésitation ce qu'il est prudent de croire ; il devine les solutions auxquelles s'arrêtera l'autorité dogmatique ; ce qu'il est permis de croire, il l'accueille avec faveur, mais sans prétendre l'imposer.

 

S'agit-il de discipline ? Même quand l’Église ne commande pas, il suffit que de l'autorité viennent des exhortations, des conseils, des directions, le sens catholique penche sans peine du côté de l'obéissance et il est dans la vérité. On l'a dit très justement, quand la citadelle n'a plus son mur et son avant-mur, elle est bien menacée. Qui déclare qu'il n'obéira qu'à un commandement formel n'est pas loin de désobéir.

 

Cette dépendance ne doit pas être acceptée de mauvaise grâce, ni accompagnée de protestations manifestées ou secrètes. Dans l'âme d'un véritable enfant de l’Église, elle revêt la forme de la piété filiale.

 

Aimez vraiment le Pape ; vous lui obéirez sans peine et sans réserve. »

 

Mgr Baudrillart, février 1927

Publié dans #Le Pape

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