Sainte Elisabeth de Hongrie

Publié le 21 Novembre 2025

Sainte Élisabeth de Hongrie, veuve

Sainte Elisabeth de Hongrie
Sainte Elisabeth de Hongrie

Élisabeth, fille du roi de Hongrie, vint au monde en 1207. Ayant été promise, dès l'enfance, au fils du duc de Thuringe, elle fut élevée à la cour de ce dernier avec la princesse Agnès, sœur du jeune Louis. Dieu prévint cette enfant de ses plus abondantes bénédictions ; sa piété tint du prodige tout d'abord. La présence de Dieu faisait sur son âme une impression profonde ; ses plus douces heures étaient les heures de la prière, et les amusements ordinaires de l'enfance lui semblaient insipides : elle sentait la grandeur de Dieu ; elle paraissait prendre à cœur de lutter d'innocence et d'amour avec son bon ange. Sophie, mère d'Agnès, conduisait à l'église ses deux petites filles parées comme des reines, avec une couronne de diamants sur la tête ; Élisabeth ôtait sa couronne, n'osant la porter devant Jésus, couronné d'épines. Loin d'admirer et d'imiter de tels sentiments, la duchesse et sa fille conçurent du mépris pour cette princesse sans dignité, et ne craignirent pas même de la persécuter dans sa dévotion : Élisabeth en mûrit plus belle et plus pure aux yeux de l'époux céleste, à qui rien ne put jamais l'empêcher de donner son cœur.

Louis IV de Thuringe, bienheureux
Louis IV de Thuringe, bienheureux

Le jeune duc Louis ne pensa point comme sa mère et sa sœur ; il aima sa fiancée d'un amour d'autant plus tendre qu'il la vit plus pieuse et plus remplie de vertus. Ce jeune prince, au cœur noble et pur, était vraiment digne d'une telle épouse ; leur mariage fut une de ces unions embaumées d'innocence, qui feraient croire des esprits célestes descendus sur la terre pour l'édifier. Le cœur de ces époux ne fut point divisé : ils s'aimaient de l'amour dont ils aimaient Dieu.

Élisabeth choisit pour son directeur maître Conrad, prêtre éclairé, zélé et vertueux, et, du consentement de son mari, elle se mit entièrement sous sa conduite. Sous un tel guide, elle monta les degrés des vertus avec courage et rapidité. Une vie humble, austère et laborieuse devint l'objet de tous ses soins. Le travail, la prière, les œuvres de charité, partagèrent toutes ses journées. Le dimanche était entièrement donné à la piété ; les autres jours, la pieuse duchesse travaillait pour les pauvres. Sa nourriture fut toujours d'aliments simples et même grossiers, son vêtement sans nulle recherche, et, sous ce vêtement, elle portait un cilice. Son aversion pour les parures était incroyable : elle préférait vêtir les membres nus et indigents du Sauveur. Louis, son époux, fut père de son peuple ; elle en fut la mère. Au retour d'un voyage en Italie, à la suite de l'empereur, des ministres se plaignirent à ce prince que la duchesse le ruinait en dépenses de charité malentendues.

« A-t-elle aliéné les biens de la couronne ? »

« Non »

« Eh bien ! Ses aumônes nous attireront les bénédictions du Ciel. »

Heureux les peuples sous de tels princes ! Heureux les princes qui pensent ainsi !

La charité d'Elisabeth n'avait pas de bornes : toute misère attendrissait son cœur, et son cœur attendri voulait soulager toutes les misères. Pour épargner aux pauvres, surtout aux infirmes, la peine de gravir l'escarpe du château de Marbourg, elle fit élever un vaste hôpital au bas des murs, où elle descendait plusieurs fois le jour, à pied, pour veiller à tous leurs besoins. Elle ne dédaignait pas, de ses mains royales, d'apprêter leurs aliments, de retourner leur couche, de panser leurs plaies et leurs ulcères les plus dégoûtants. Aussi Dieu vint-il plus d'une fois en aide à sa douce servante par des miracles. Un jour, elle devait assister à une brillante réception des ambassadeurs de son père ; mais ses habits de princesse avaient passé dans les mains des pauvres ; le Ciel y suppléa : Elisabeth parut si splendidement vêtue, que le duc Louis, tout étonné, lui demanda où donc elle avait acquis une si magnifique parure.

Cependant une telle vertu allait subir la plus rude des épreuves : il lui fallait passer par la croix pour arriver à la splendeur de la gloire céleste. Louis, à la voix de l’Église, s'était engagé dans la croisade de Frédéric Barberousse, et il venait de périr à Otrante.

Ce coup de foudre tira des yeux et du cœur d’Élisabeth une mer de larmes, mais elle demeura inébranlable dans sa confiance en Dieu. Détachée de son amour sur la terre, elle s'y vit encore dépouillée de tout le reste. Henri, ayant pris en main le gouvernement, chassa la veuve de son frère, comme dissipatrice des biens de l'Etat, et la duchesse se trouva réduite à la plus affreuse misère, avec son fils Herman, héritier de la couronne, et ses deux filles Sophie et Gertrude. La fille des rois, la duchesse hier puissante, la mère des pauvres, se vit réduite à se chercher un asile dans une étable ! Ce fut alors le triomphe parfait de la grâce. Élisabeth fit chanter à l'église des Cordeliers un Te Deum, et elle fit, avec ses deux suivantes Gute et Isentrude, demeurées fidèles à leur sainte maîtresse, un vœu de perpétuelle chasteté. Admirable exemple de patience chrétienne ! Une telle situation n'altéra ni sa douceur, ni sa paix, ni même la joie intérieure de son âme : jamais un seul mot de plainte n'échappa de sa bouche ; seulement elle inondait de ses larmes et de ses caresses ses petits enfants.

Sainte Elisabeth de Hongrie en habit franciscain
Sainte Elisabeth de Hongrie en habit franciscain

Cette cruelle injustice ne put durer toujours ; l'évêque de Bamberg, son oncle, lui fit restituer sa dot, et même la réconcilia avec son beau-frère. Le jeune Herman recouvra sa couronne ; mais Élisabeth ne voulut plus goûter des grandeurs d'ici-bas. Elle se bâtit une maisonnette de terre et de planches, où elle vécut de la vie des anachorètes ; vêtue d'une laine de vil prix, elle se nourrissait de gros pain, d'herbes et de légumes sans assaisonnement ; donnant aux pauvres tous ses revenus, elle gagnait elle-même sa vie à filer. Morte complètement au monde, elle vivait uniquement de l'amour de son Dieu, qui lui versa, en retour, les consolations et les extases. Elle s'affilia au tiers-ordre de Saint-François, et elle imita son modèle à la perfection.

Le Ciel voulut, de bonne heure, récompenser une vertu si éclatante, et couronner une humilité si sublime. Jésus, lui apparut, et l'invita au séjour des bienheureux. Avertie de sa mort, elle s'y prépara par un redoublement de ferveur, et, quoique légèrement malade en apparence, elle voulut recevoir les derniers sacrements. Trois jours avant sa mort, elle ne voulut plus s'entretenir qu'avec Dieu seul, qui l'attira vers lui, le 19 novembre 1231, à l'âge de 24 ans.

 

Son corps fut enterré dans une chapelle, près de l'hôpital qu'elle avait fondé. Des miracles éclatants eurent lieu à son tombeau, et le pape Grégoire IX la canonisa en 1235 ; ses restes furent levés de terre et placés sur l'autel dans une belle châsse. En 1539, le landgrave Philippe de Hesse, un des plus fougueux partisans du luthéranisme, fit extraire de cette châsse les ossements de la sainte, et les enterrer dans un endroit de l'église qu'on ne connaît plus.
Heureusement toutes les reliques de la sainte ne restèrent pas à la Marbourg : son crâne avait été envoyé en France, à la Roche-Guyon, d'où il a été porté à Besançon, par le cardinal de Rohan, vers 1830. Des os de ses bras avaient été donnés à la Hongrie. Depuis 1851, des ossements de ces mêmes bras ont été déposés dans la chapelle du château de Sayn.

 

A Rome, l'église des Saints-Apôtres possède une de ses reliques. A Breslaw, on conserve son bâton de bois noir ; à Erfurt, son verre ; à Andechs, une de ses robes ; son voile à Tongres et sa bague d'alliance à Braunfels, ainsi que son livre d'heures, sa table et sa chaise de paille.

 

Réflexion : La vertu brille dans la prospérité ; mais c'est l'adversité surtout qui lui donne tout son éclat : ayons Dieu avec nous, et nous ne redouterons pas les épreuves.

Publié dans #Saints

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E
"Réflexion : (....) ayons Dieu avec nous, et nous ne redouterons pas les épreuves."<br /> <br /> God zij met ons
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